Bel et le Dragon forme le chapitre 14 de Daniel dans la Bible catholique. Le récit ne figure pas dans le Daniel hébreu et araméen, mais appartient à sa transmission grecque. Il est donc qualifié de deutérocanonique, ce qui renseigne sur l’histoire de sa réception sans lui attribuer une autorité moindre dans le canon catholique.
Un récit de cour
L’action se déroule à Babylone, auprès d’un roi que la version de Théodotion identifie à Cyrus. Cette situation relève cependant davantage du récit de cour que de la chronique historique. Comme dans les premiers chapitres de Daniel, un Juif fidèle sert un souverain étranger, affronte des adversaires et triomphe grâce à sa sagesse et à la protection divine.
La date de composition demeure incertaine. Le texte est généralement rattaché à la période du Second Temple, probablement à l’époque hellénistique. Les histoires qu’il rassemble ont pu circuler oralement avant leur mise par écrit.
Deux versions grecques
Le livre est conservé sous deux formes : le vieux grec et Théodotion. Elles racontent la même histoire, mais divergent assez souvent pour être considérées comme deux versions distinctes d’une tradition commune. Le vieux grec présente le récit comme une « prophétie d’Habacuc » et décrit Daniel comme un prêtre, fils d’Abal. Théodotion commence par la succession d’Astyage et de Cyrus.
Aucun original hébreu ou araméen n’a été retrouvé. Certains traits de la syntaxe rendent néanmoins vraisemblable l’existence d’une source sémitique. L’introduction de la NETS présente en détail les différences entre les deux textes.
Bel, le dragon et les lions
Dans la première partie, Daniel démontre que la statue de Bel ne mange pas les offrandes déposées dans son temple. De la cendre répandue sur le sol révèle les traces des prêtres et de leurs familles, qui entraient de nuit par une porte cachée. Bel est un titre babylonien signifiant « Seigneur » et désigne ici Marduk, le grand dieu de Babylone.
Le δράκων de la seconde partie peut être compris comme un dragon ou comme un grand serpent. Contrairement à la statue, il est bien vivant et se nourrit. Daniel montre pourtant qu’une créature mortelle n’est pas un dieu en la tuant sans arme.
La mort du dragon provoque une révolte. Daniel est jeté dans une fosse aux lions, dans une version différente de l’épisode raconté en Daniel 6. Dieu envoie alors Habacuc lui apporter un repas. La prière de Daniel donne son sens à la scène : « Tu t’es souvenu de moi, ô Dieu, et tu n’as pas abandonné ceux qui t’aiment. »
La nourriture relie les épisodes. Bel est incapable de manger, le dragon mange et meurt, tandis que Daniel reçoit de Dieu ce qui le maintient en vie.
Le Dieu vivant
Le récit emploie l’humour et la caricature pour dénoncer l’idolâtrie. Il ne constitue pas une description exacte des cultes babyloniens, puisque les offrandes des temples antiques revenaient normalement aux prêtres. Son propos est ailleurs : ni un objet façonné par l’homme ni une créature impressionnante ne doivent recevoir l’adoration réservée à Dieu.
Une lecture catholique peut recevoir cette affirmation sans transformer le récit en chronique. Comme le rappelle Dei Verbum 12, le sens d’un texte biblique demande que l’on tienne compte de son genre littéraire. Ici, la satire et le récit merveilleux proclament que le Dieu vivant ne dépend d’aucune offrande. C’est lui qui nourrit son serviteur et ne l’abandonne pas.